21.2.06

Habiter, du plaisir au luxe... De la villa … aux logements collectifs

Des villas aux logements collectifs, les recherches d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal sur l’habitat sont autant de propositions pour une société qui se construirait depuis ses « intérieurs ».Permettre de grandir, se développer, s’épanouir, se multiplier, c’est avant tout imaginer un environnement, un milieu, un « biotope ». Les conditions d’habiter sont ici plus importantes que les formes de l’habitat.



Lumière et température suffisantes, surface et volume pour croître. Ne serait-ce pas habiter une nature idéale, un intérieur semblable à l’extérieur mais sans agressions possibles ? Et si ces conditions sont réunies dans l’habitation, pourquoi ne pas partir de ces « natures intérieures » pour créer les villes ?
De la célèbre villa Latapie à Floirac, à l’immeuble de logements de Poitiers, des résidences du Cap Ferret en Gironde et du projet de Marsiglia en Corse aux propositions de reconversion des grands ensembles et au projet du petit Maroc à Saint-Nazaire, de la villa de Coutras aux logements sociaux de Mulhouse : chaque maison devient le prototype d’un possible immeuble de logements.
Ces prototypes explorent différents questionnements :- Ne pas toucher au site urbain ou naturel … mais simplement venir habiter ce milieu.- Développer une économie de l’existence … moins de matières pour plus d’espace.- S’extraire des logiques standards … pour laisser la liberté à la différence.




Appropriation et libertés

Chacun peut investir l’espace… mais chacun doit, avant, le matérialiser, le cerner : car rien n’est défini sinon la lumière et le paysage environnant, toujours présent... près et loin.
Ici, faire de ce lieu son territoire c’est jouer des limites : il y a le mur qui glisse puis se déploie pour se refermer plus tard, la terrasse à l’intérieur, la cuisine à peine esquissée est toute ouverte, la pièce qui changera avec les saisons, les murs ressemblants aux plafonds et les fenêtres qui se ferment avec des volets-murs.
S’approprier l’espace pour habiter : voilà le chemin de la liberté offerte. Cette démarche souvent maladroite est pourtant pleine des certitudes de l’occupant qui installe ses meubles, ses objets technologiques, ses enfants, ses habitudes, sa brosse à dents et ses rêves. Cette appropriation se confronte à la liberté de l’espace. Elle donne aussi tout son sens au lieu et le multiplie à l’envi des habitants. Autant d’intérieurs autant d’histoires d’habitants. Si souvent l’habitant semble venir en envahisseur de « l’oeuvre architecturale » pour la « pervertir », ici il la met en scène ; à lui les « risques » et le « pouvoir de l’architecture ».




L’économie de l’existence

Elle trouve, notamment, ses sources dans l’observation de certaines architectures africaines qui procèdent de l’assemblage minimum d’éléments locaux pour la protection contre le soleil et la délimitation du territoire de l’habitation. Les systèmes constructifs sont choisis afin de créer des enveloppes environnementales, et sont développés dans le sens d’une économie qui offre ainsi davantage d’espace, de confort et de plaisir. Le principe des serres est souvent réapproprié : s’il apporte une esthétique de la transparence, il permet surtout de recueillir la lumière destinée aux habitants et aux plantes, mais aussi de dilater l’espace. Cette économie de l’existence est celle du volume donné pour vivre.

Quand la villa Noailles redeviendra-t-elle une villa ?

L’exposition n’ignore pas les lieux, mais révèle ce rôle que la villa savait si bien tenir « accueillir » : Recevoir chez les Noailles, c’était offrir des séries d’activités notamment sportives comme l’imposante piscine intérieure, ou l’étonnante salle de squash avec son toit verrière.
Chaque pièce du plateau sportif est ainsi reconsidérée comme un milieu différent, un « biotope » qui entrera en résonance avec les projets d’habitation des architectes Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal.

L’exposition

Un parcours entre villas et logements collectifs. Les relations entre les villas et les logements collectifs seront présentées dans un parcours articulant images fixes et images en mouvements. Les séquences en mouvement sont des séries d’instantanés qui témoignent de la vie à l’intérieur des lieux et de l’appropriation par les habitants de leur espace. Ces témoignages sont rares, mais ils permettent loin des images d’édifices vides de saisir les intentions et les volontés des architectes. Ces instantanés, présentés en très grand format, rendent également compte de l’importance du site et de ses rapports avec les constructions. Si l’architecture ne peut s’exposer, mais seulement se visiter, ces images – plus d’une centaine – rassemblées ici offrent une lecture à la fois dense et intime.



Exposition du 19 février au 2 avril 2006
vernissage le samedi 18 févriervilla Noaillesmontée de Noailles83400 Hyères
ouvert tous les jours sauf lundi, mardi et jours fériés10h - 12h / 14h - 17h30
entrée libre - Tel.: 04.98.08.01.98

Article paru sur Batiweb, le mardi 21 février 2006.





1 commentaire:

Hanane a dit…

J'admire les recherches d’Anne Lacaton et de Jean-Philippe Vassal. Leur architecture respectueuse aussi bien de l'existence humaine que de l'environnemnt naturel pourrait constituer une alternative pour palier à l'écart entre l'homme et son environnement créé par l'architecture urbaine du 20ième siècle