10.4.07

Archimatch... à la plage !

Sur la Corniche, deux concurrents en lice pour ce match. Deux résidences emblématiques de leur époque et symboles à leur manière de l’approche architecturale balnéaire de Marseille à trente ans d’intervalles. Au petit jeu des comparaisons, le gagnant est-il le même sitôt qu’on se place dans la posture de l’architecte ou dans celle du novice ?
A ma gauche, « La Réserve » construit dans les années 1970 par Mario Fabre pour le compte de Bernard Laville ; à ma droite « Les Catalans » construit dans les années 2000 par Robert Trent Jones pour le compte de George V.
Celui de gauche malgré son âge de raison n’est pas décrépi. La mer et le vent n’ont pas eu raison de ses éléments architectoniques. Malgré un terrain en pente, les bâtiments s’accrochent au sol de manière tenue et sensible. L’ensemble des volumes blancs s’organise autour d’un petit jardin créé sur dalle. La ligne épurée des façades laisse envisager des appartements très ouverts sur la mer. Impression confirmée et amplifié par un contraste très marqué par rapport au hall d’entrée creusé dans la roche. Les appartements sont à l’image de ce qui se faisait dans ces années là en matière de très grand standing. Simplicité, fonctionnalité, pas de décors ou autres moulures, pas de tuiles. De l’espace architectural brut, du confort par l’ameublement et la mer partout.
Celui de droite est tout neuf. Les couleurs sont variées mais trop vives pour Marseille, heureusement la mer et le vent vont les délavées. Là aussi le terrain est magnifique, mais à la différence de La Réserve, aux Catalans la falaise est derrière. Les bâtiments qui s’étalent sur deux terrasses joliment plantés cache en grande partie le bloc de calcaire blanc qui contraste avec les tuiles oranges et le ciel bleu. Le rythme faussement varié et stratifié des façades sonne mal sur cette Corniche pourtant habituée à l’hétérogénéité typologique des cabanons devenus folies. Vraies-fausses colonnes et volets vissés aux façades, le DisneyLand-provençal n’est pas loin. Alors qu’à la Réserve, piétons et autos rentrent par La Corniche en mettant en scène de manière quasi magique la transition entre l’espace public et l’espace privé ; les Catalans oblige visiteurs et conducteurs à rentrer par derrière. La mer disparaît ; l’usager dans un état paranoïaque ultra sécuritaire n’a plus que le beau hall, très transparent et très ludique pour se rassurer sur son statut de privilégier. Après tant de déceptions, on est presque content de se réfugier à l’intérieur des appartements : confortables mais pas luxueux, se montrant à peine à la hauteur de la mer voisine !
Arrêtons ici ce jeu trop facile. L’équipe Réserve gagne le match ! Occasion manquée pour certain, nouvelle balafre sur la Corniche ou balcons égoïstes pour d’autres, le plus triste c’est que finalement tout le monde s’en fout. Au Catalan le courage a manqué. L’ambition pourtant présente ailleurs n’a pas été au rendez-vous. Pauvres riches !

Le Tract#3 - Octobre 2004

2 commentaires:

corinne a dit…

c'est très juste... quel gachis !

Hagop a dit…

Bien vu ma buse...